REFER ; pour que l’économie circulaire finance le réemploi et la récupération

Martin Bobel, coordinateur du Réseau francilien des acteurs du réemploi (REFER).
                                            Martin Bobel, coordinateur du Réseau francilien des acteurs du réemploi (REFER). 
 

L’actualité des plaintes contre Apple pour obsolescence programmée illustre une révolution à l’œuvre : la fin de l’ère du tout jetable et le passage à une économie de la récupération et de la réutilisation. Par Martin Bobel, coordinateur du Réseau francilien des acteurs du réemploi (REFER).De plus en plus de personnes refusent de gaspiller malgré elles, d’être contraintes de racheter régulièrement leurs meubles dès qu’un pied est cassé, de changer d’électroménager car une pièce fait soudainement défaut.

Aussi, on a vu ces dernières années se multiplier des initiatives locales favorisant la récup’. En plus des traditionnelles boutiques Emmaüs, acteurs historiques du réemploi solidaire, des ressourceries, recycleries, Repair café et autres lieux de collecte et de réparation sont apparus pour offrir une deuxième vie à nos objets du quotidien. Aujourd’hui, à l’heure où la revitalisation des centres ville devient une préoccupation des pouvoirs publics, de plus en plus d’élus locaux cherchent à avoir leur propre ressourcerie sur leur territoire.

Selon l’Ademe, seuls 2,5% des déchets des ménages sont réutilisés

Et pour cause. Ces lieux sont des petites fabriques de biens communs à eux tous seuls… D’un point de vue environnemental, ils contribuent de manière préventive à la réduction des déchets et à la préservation des ressources naturelles. Le potentiel est ici à la hauteur du gaspillage actuel : l’Ademe estime que 25% des déchets des ménages sont potentiellement réutilisables, quand seulement 2,5% sont réutilisés aujourd’hui.

Et d’un point de vue social, les ressourceries sont de grandes créatrices d’emplois durables. Car il faut fournir un savoir-faire artisanal pour restaurer un meuble ancien, quand les machines et les robots remplacent de plus en plus les humains dans les centres industriels de recyclage. Pour 10.000 tonnes de déchets, une ressourcerie créera 850 emplois, contre 3 pour un incinérateur et 1 seulement pour un centre d’enfouissement.

Il faut réorienter les éco-contributions vers le réemploi solidaire

Largement porté par le secteur associatif non lucratif qui permet l’insertion de nombreuses personnes en difficulté, le secteur des ressourceries / recycleries représente ainsi un immense potentiel en termes de lien social, de sensibilisation et d’éducation à l’environnement, de développement économique et de réduction des déchets. Pourtant, de nombreuses structures, dépendantes des budgets des collectivités ou des emplois aidés, risquent de fermer prochainement leurs portes. Il est donc urgent d’accompagner le secteur du réemploi solidaire et de lui trouver de nouveaux financements pour pérenniser et développer cette activité d’intérêt général.

Nicolas Hulot et Brune Poirson ont lancé le chantier de la refonte de l’économie circulaire et devraient prochainement rendre leur copie. Ils ont ici l’occasion d’agir concrètement pour le progrès écologique, à condition de ne pas faire de l’économie circulaire la vache à lait du recyclage industriel. Voici une proposition concrète : réorienter une partie des éco-contributions payées à chaque achat par les producteurs et les consommateurs vers le réemploi solidaire.

Aujourd’hui, quand vous achetez un canapé chez Ikea par exemple, 4 euros sont captés par les industriels pour prévoir en amont le coût de son incinération après avoir été jeté. Pourquoi ne pas en réserver une partie pour financer une ressourcerie qui pourrait plutôt lui offrir une seconde vie à moindre coût pour de nouveaux usagers ? Cela serait bon pour la planète, bon pour le pouvoir d’achat des ménages, bon pour l’argent public, et bon pour l’emploi !

 

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